A moi! L’Histoire de toutes mes folies! (Comme un titre de Supertramp, cet article comportera trois temps étonnamment reliés par un thème principal, mais qui pourraient sembler, d’une certaine façon et bien que ce ne soit absolument pas le cas, indépendants. Ici, nous faisons référence au tube From now on, qui me rappelle mon père de façon extravagante, même si moins extravagante que Eric Cantona, dont la seule parole intelligible à mon oreille barbare et donc amalgamée pour moi au sens entier de la chanson est living in a fantasy, qui fut mon premier et dernier contact heureux avec la langue de Shakespeare, lorsque mon susnommé père me faisait remarquer alors que j’étais haute comme trois pomme la similarité entre le terme fantasy et la fantaisie française, me faisant pour jamais aimer ce chant comme un hymne à la féérie. L’intérêt d’une telle phrase ici est de servir d’emblème à la réflexion générale que nous nous proposons de mener, c’est à dire l’aspect esthétique de toute existence, car qu’est-ce qu’être, comme je le dirais dans un prochain article, sinon résister au vent frais, vent du matin. Bonne lecture.)

Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Il n’y avait qu’une minuscule veilleuse -vous savez bien, ô natifs des glorieuses 90′s, cette espèce de badge blanc qu’on se contente d’enfiler dans la prise -qui n’éclairait pas grand chose, sinon son propre corps inutile, et qui était diablement insuffisante à éloigner mort, monstres et autres terreurs nocturnes. La chambre d’Ecury-sur-Coole où je passais mes vacances d’été, aujourd’hui territoire conquis qui ne me fait plus guère que l’effet d’une douce retraite au vert, bercée par les coucous et les chorégraphies élastiques des étourneaux allègres, était alors une zone fort hostile, ténébreuse et les soirs, que je béni sans cesse maintenant que j’y vois l’occasion de reposer -si tant est que l’on puisse se reposer de quoi que ce soit en ce monde barbare-, une épreuve abominable. L’enfance n’est certes pas le lieu de l’insouciance ou de la liberté. Les poètes se trompent, qui ne savent que la comparer à une vacance toute entière sensuelle, où le temps même, duquel sourdent inévitablement toutes les angoisses, s’absente. Dépossédé de soi comme on l’est à cet âge, c’est un monde de géants qu’il faut affronter, et des nuits colossales comme des morts véritables, et des repas d’ogres que l’on ne choisit pas, et rien ne nous sauve vraiment de cette petitesse que le temps qui efface également les frayeurs. Puis, il fallut grandir, et pendant que d’autres publiaient ou travaillaient, je passai au contraire trois années de voyage à désapprendre tout [...] -passionnément.

Ceci n’est pas, cher monde, chers natifs des 90′s, un pastiche de Proust ou un grand cri du coeur. Ne me prend pas au mot, s’il te plait. (Phrases courtes, pas d’exclamations… bon sang, elle est lyrique… alors là, on va avoir des sueurs froides mes cocos!) Ne me prend pas au mot car la profession de foi n’est certainement pas dans la série de contingents détails et de contingents présents gnomiques qu’allégrement, entraînée par l’archétypale phrase-incipit de Proust -oui, je sais, c’est Aragon qui dit que tout coule d’une phrase, mais on va dire que ça marche quand même -car il importe peu que j’ai véritablement passé mes vacances à Ecury-sur-Coole, où je me prépare à retourner d’ailleurs, ou que véritablement je garde de l’enfance ce monstrueux souvenir d’une vie mutilée. L’aveu viendra plus tard, monde, car j’ai bien réfléchi.

J’ai bien réfléchi, j’ai repensé à tout cela -cela: vivre, croire, exister, être soi -et voilà ce qu’aujourd’hui j’ai envie de t’en dire: être, c’est esthétique. Et qui suis-je que l’image moi-même de moi? Etre, c’est artistique. Et ceux qui voudront voir ici le délire d’une âme boursouflée par l’alcool astronome ou le tabac dandysant, qu’ils regardent en eux-même et me disent s’ils n’entendent pas la voix de ce Grand Narrateur Universel qui leur tonne d’être beaux, d’être grands et fervents, ou bien d’être petits et d’aimer petitement. Et même seuls, amis, ne trouvez vous pas belle la mine de solitude et le regard sérieux qui passe sur votre mine? Et même seuls, amis, ne vous jetez-vous pas sur vos traversins pour pleurer de travers, coudes au front, comme des princesses échouées de dessins animés, Cendrillon, par exemple, qui attend dans son dos la main fraîche de sa bonne fée-marraine? Je crois qu’être s’apprend, comme un langage, et qu’on vit toujours comme on a pu voir vivre (-passionnément.) les autres du réel ou les autres des livres.

C’est Aragon encore une fois, parce qu’il est partout, bon sang, celui-là,  qui livre à nos entendements ravis le mot de la fin (car rien n’est plus vrai qu’un poème): vivre c’est mentir-vrai.

Love you everybody!